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La Gazette des Terroirs



N° 26 Juillet - Août 2007



Sommaire

Escapades
architecturales
en Meuse
Le château
de Commercy
abrita le roi Stanislas
Leszczynski.

La chapelle de Menoncourt
et sa source miraculeuse.

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Un peu d'histoire

Rubrique histoire
La chapelle Notre Dame de Menoncourt représente le dernier vestige de ce qui fut le village de Menoncourt.
Sise en bordure de forêt, au creux d'un petit vallon à mi-chemin des villages de Triaucourt et d'Evres, la petite chapelle Notre-Dame de Menoncourt se se présente comme un édifice fort modeste de bois et de torchis, représentatif de l'architecture régionale traditionnelle. Sa charpente, couverte de tuiles locales en "écailles de poisson" et formant auvent, n'en est pas moins assez élaborée, compte-tenu des pauvres moyens mis en oeuvre.

Le très sérieux ouvrage d'Auguste Lemaire, paru en 1873 : Recherches historiques sur l'abbaye et le comté de Beaulieu nous donne, entre autres précieux renseignements, l'essentiel des informations historiques concernant Menoncourt(1). On y trouve notamment cette description extraite des carnets de voyage de dom Baillet (1712) : "On y voit une chapelle voûtée, sous le nom de Notre-Dame de Menoncourt. Elle est fort fréquentée des personnes qui viennent y demander la guérison de leurs maux. Les religieux y vont dire la messe, la seconde fête de la Pentecôte : c'est pourquoi on doit leur donner tous les ans, le jour de la Saint-Martin d'hiver, deux setiers de froment mesure d'Evres, affectés sur une terre communément appelée "la Vallée Notre-Dame". Cette chapelle est située en un lieu fort agréable, éloigné d'un quart de lieue de Triaucourt ; elle est près d'un petit bocage, une fontaine d'eau vive en fait la beauté."

Auguste Lemaire ajoute : "Jusqu'à la Révolution, les moines possédèrent aussi une ferme dans le même endroit. Mais chapelle et bâtiments de ferme, tout a successivement disparu. Plus récemment, le propriétaire d'un champ contigu avait essayé de raviver la tradition, en érigeant sur son terrain une autre petite chapelle. Mais cette construction peu solide offre le triste aspect d'une ruine anticipée." Il faut bien convenir - nous en avons ici une nette illustration que l'attrait pour l'architecture traditionnelle rurale procède d'une sensibilité toute récente. Néanmoins, cette "ruine", plus solide qu'il n'y paraît et qui nous occupe ici, se porte par bonheur relativement bien.

C'est en 1820 qu'elle fut construite par Jean Simonet et Jeanne Grégoire, son épouse. Il ne reste rien de l'ancienne chapelle voûtée, mais les traces de ses fondations sont nettement visibles, surtout lorsque la végétation les accuse notablement, en été. Ce léger déplacement est attribué par la tradition locale à une intervention de la Vierge elle-même, selon un schéma habituel. La source d'eau vive, qui enchanta dom Baillet, coule toujours à une centaine de mètres de la chapelle actuelle, de l'autre côté de la route. Son charme ne s'est pas démenti. Bien qu'il soit hors de propos de contester la modestie de cet ensemble, on doit insister sur sa relative importance historique : il s'agit en effet de la dernière trace tangible du village de Menoncourt, qui se trouvait là. Son nom ne pose pas de problème.

Il provient du latin "cortis", "domaine de..." précédé d'un prénom d'homme germanique : "Muno". On peut y comparer Menaucourt (également clans la Meuse), Minaucourt (Marne) ou encore Muno (Wallonie). Longtemps, ce village semble n'avoir aucunement cédé en importance vis-à-vis de ses voisins. Auguste Lemaire signale qu'il fut affranchi par les moines de Beaulieu en 1229, c'est-à-dire antérieurement à Triaucourt qui ne le fut qu'en 1248, avant de recevoir en 1254 sa fameuse charte des mains de l'abbé Gamier.
Au fil du temps, Menoncourt perdit cependant de l'importance, pour ne plus former qu'une seule paroisse avec Triaucourt. Toujours notée par Auguste Lemaire, une transaction du 30 août 1497, concernant une redevance due à l'abbé Claude de Dinteville "ou à son mayeur de Menoncourt" prouve cependant que le village constituait encore à cette époque une entité autonome. Pourtant, il n'en est plus fait mention dès 1499.

On a longtemps pensé à incriminer une épidémie. On peut aussi imaginer le "passage" d'une de ces compagnies de soudards qui sillonnaient alors la région, n'hésitant pas parfois à s'installer sédentairement. Leurs exactions se poursuivront jusqu'à l'aube du XVIIIe siècle. Peut-être les habitants de Menoncourt ont-ils simplement été attirés par la plus grande sécurité qu'offrait Triaucourt, qui connaissait alors une engageante prospérité. Pour preuve de celle-ci, Triaucourt conserve de nos jours sa belle église Saint-Nicolas dont la construction s'acheva en ces dernières années du XVe siècle.
Par la suite, Menoncourt ne fut plus qu'un des nombreux ermitages de l'abbaye de Beaulieu. A l'exception de Saint-Rouin, Menoncourt est le dernier de ces ermitages à subsister aujourd'hui. On ne retrouve que quelques traces de Saint-Maxe sur une côte proche de Beaulieu, Notre-Dame des Hannores près d'Eclaires, Saint-Sulpice d'Arnancourt, Saint-Antoine de Froidos ou SaintGorgon dont la source, près de Lavoye, fut pourtant très fréquentée. On peut considérer comme une maigre consolation le fait que l'intérêt de notre petite chapelle s'en trouve renforcé.

Depuis sa construction, celle-ci a bien entendu subi quelques vicissitudes : elle dut être considérablement restaurée en 1880 par un hôtelier de Triaucourt, Auguste-Félix Loison, qui la dota d'une riche décoration typique de l'époque. La chapelle appartenait toujours à la famille Thomas-Loison en 1914, lorsqu'elle servit de cantonnement à quelques soldats allemands. On a mention de cet épisode dans l'ouvrage du curé Paul Viller, "Triaucourt pendant l'occupation allemande", qui nous apprend d'ailleurs qu'aucun dommage ne s'ensuivit. Les années vingt virent la dotation de deux vitraux, de belle facture pour l'époque, à l'occasion de baptêmes. Durant la seconde guerre mondiale, c'est un groupe de prisonniers polonais affectés à la ferme toute proche des Longues-Royes qui vinrent y rechercher le réconfort de la foi.

Le pèlerinage de la Pentecôte resta vivant jusqu'à la fin des années cinquante. Il donnait lieu à une fête champêtre. Une importante restauration eut encore lieu à cette époque : les murs est et ouest furent refaits "en dur". Suivant logiquement une désaffection progressive, le vandalisme gratuit joint à l'action de broussailles envahissantes firent ensuite leur oeuvre de destruction. En 1988, la situation était telle qu'il fut demandé au docteur Pierre Didon, alors propriétaire, d'y porter remède. Dès l'origine, il n'était pas question d'une simple réfection. Elle devait s'accompagner de la mise en place d'un décor peint destiné à remplacer les ornementations anciennes, saccagées ou pillées. Le projet était encore loin d'avoir abouti lorsqu'en 1993, le propriétaire prit la décision de faire don de la chapelle et de la source à la commune de Triaucourt.

Heureusement préservée, la rustique statue de Notre-Darne, en terre cuite polychrome contemporaine de la construction, voire antérieure, fut remplacée par un retable peint pour des raisons aisément compréhensibles. Pour avoir quelque chance de faire oublier leur manque d'ancienneté, les fresques devaient tabler sur une certaine originalité sans paraître déplacées en aucune façon. On doit d'ailleurs entendre le terme de "fresque" au sens de : peinture pariétale. La technique traditionnelle n'a pas été utilisée on y a substitué les acryliques, d'usage plus souple. Si la technique est contemporaine, le passé - voire le plus lointain - est ici omniprésent.

Si, pour l'essentiel, ces décors tendent à évoquer plastiquement un héritage celtique, au travers des spirales omniprésentes, le concept même de sanctuaire bâti est étranger à la culture celte originelle. Les Druides gaulois officiaient dans le "néméton", simple clairière sacrée en plein air. Il n'y eut de temples en Gaule que dans le sud, sous influence grecque, puis après la conquête romaine. De même les druides prônaient-ils une sorte d'interdit quant à la figuration du divin, à l'image de nombreuses cultures anciennes et contemporaines. Le sanctuaire tel que nous le concevons est nettement d'origine orientale. Héritier du temple égyptien, véritable "maison" du dieu, le temple de Salomon en est l'archétype. Ce sanctuaire primordial est évoqué ici par les deux colonnes de part et d'autre de l'autel.




(1) Source : Association Menoncourt
rue Adjudant Jeanin 55250 Seuil d'Argonne



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